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	<title>Joel Pinson</title>
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		<title>L&#8217;embrasement</title>
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		<pubDate>Tue, 06 Jul 2010 19:23:17 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Joel Pinson</dc:creator>
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		<description><![CDATA[
embrasement (n.m.)
1.(littéraire)vive et complète illumination.

synonymes 


embrasement (n.m.)
agitation, ardeur, attisement, bouillonnement, clarté, conflagration, désordre, effervescence, exaltation, excitation, fermentation, feu, flamboiement, illumination, incendie, passion, rougeoiment, trouble.


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<h2>embrasement (n.m.)</h2>
<p>1.(littéraire)vive et complète illumination.</p>
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<h2>embrasement (n.m.)</h2>
<p>agitation, ardeur, attisement, bouillonnement, clarté, conflagration, désordre, effervescence, exaltation, excitation, fermentation, feu, flamboiement, illumination, incendie, passion, rougeoiment, trouble.</p>
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		<title>Le Rocher</title>
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		<pubDate>Thu, 01 Jul 2010 09:03:29 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Joel Pinson</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Rocher: n. m. Grande masse de pierre dure, escarpée.
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			<content:encoded><![CDATA[<p>Rocher: <em>n. m.</em> Grande masse de pierre dure, escarpée.</p>
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		<title>Rencontre sous les étoiles</title>
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		<pubDate>Tue, 27 Apr 2010 09:05:57 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Joel Pinson</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Toute la semaine j&#8217;ai voulu me lever vers les 2-3h du matin pour  échapper à la lueur de la Lune et me plonger dans &#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Toute la semaine j&#8217;ai voulu me lever vers les 2-3h du matin pour  échapper à la lueur de la Lune et me plonger dans un ciel magnifique. Mais il est  des jours où l&#8217;on ne fait que ce que l&#8217;on peut, où le corps ne suit pas  toujours l&#8217;esprit. La fatigue, et une bronchite, ont anéanti ma volonté.</p>
<p>Pourtant, lorsque la migraine était trop forte, au petit matin,  généralement vers 5h, et qu&#8217;il me fallait prendre une rasade de  paracétamol, je ne manquais pas de regarder ce ciel par la fenêtre de la  cuisine, identifiant les constellations, et imaginant pour un instant,  pour un instant seulement, qu&#8217;il me suffirait de sortir le télescope et puis  de&#8230;</p>
<p>Jeudi, la migraine me réveillait toujours mais je sentais les forces  revenir. Et puis, un peu d&#8217;air frais ne peut pas faire de mal, enfin pas  plus.  Je passe un pantalon,  une polaire, un bonnet, et me voilà sur la terrasse, les jumelles à la  main, orientation sud-ouest. Je m&#8217;assois sur l&#8217;un des fauteuils de  jardin ressortis le week-end dernier, signe définitif de fonte des  neiges. Le ciel est lumineux, j&#8217;aime ces réveils étoilés. La Couronne  Boréale me fait un grand sourire, je le lui rends bien volontiers. La  Chevelure de Bérénice ressemble à un accent circonflexe. Le Bouvier et  son rubis Arcturus me fait comme toujours penser à une coiffe, un  turban, plutôt qu&#8217;à un berger. Juste au-dessus, Hercule semble danser.  Je rends visite au maitre des lieux, cette concentration naturelle  d&#8217;énergie, ces centaines de milliers d&#8217;étoiles, un des plus vieux objets  qu&#8217;il nous soit donné d&#8217;observer.</p>
<p>Comme je baisse les yeux pour aller saluer le Scorpion qui se lève, je  sens que l&#8217;on m&#8217;observe.  Droit devant moi, à quelques trente mètres,  une tête se détache sur les névés qui entourent la maison. Il est 5h30.  Le jour s&#8217;annonce, on commence à apercevoir le paysage, surtout en  contraste avec la neige qui s&#8217;attarde.  Les oreilles face à moi, le  museau dans ma direction, je l&#8217;ai reconnue. C&#8217;est une femelle chevreuil,  qui passe souvent par ici au petit matin. Je ne bouge plus, j&#8217;essaye  même de ne pas respirer. De longues secondes s&#8217;écoulent. Elle ne bouge  pas d&#8217;un millimètre. Et puis&#8230; elle baisse la tête et broute les  quelques brins d&#8217;herbe que la neige a bien voulu laisser pousser. Je  souris. Elle accepte ma présence.  Soudain, sur ma droite, un  craquement, comme une brindille dans le feu. Une autre tête jaillit sur  le chemin juste en bas de chez moi. Celle-là porte de petites cornes. Il  escalade le talus, et le voilà debout, le regard dans ma direction. Il  est encore plus près, à 10-15 mètres de moi. Je continue de jouer les  végétaux. Je veux jouir de ce moment le plus longtemps possible.</p>
<p>Une éternité plus tard, il tourne la tête vers sa compagne, et la  regarde longuement. Et puis, d&#8217;un commun accord, ils se mettent en  marche, lentement, dans la même direction, et s&#8217;éloignent. Lui d&#8217;abord  comme pour donner le signal, et puis elle. Bientôt je ne vois que leurs  croupes disparaitre avec souplesse et élégance dans les bois. Je reste  là, inondé de bonheur. Partager un ciel étoilé avec un couple de  chevreuils!</p>
<p>Le lendemain matin, 5h15, me revoilà. Même lieu. Le ciel m&#8217;a encore fait  sortir, mais au fond de moi, une rencontre m&#8217;obsède. Hier, ça n&#8217;était  ma première rencontre avec ce couple, ils passent souvent par ici vers  ces heures, mais j&#8217;ai eu l &#8216;impression que nous nous reconnaissions et,  qui sait, qu&#8217;ils appréciaient ma contemplation. Une sorte de communion  sous la voûte céleste. Ce matin, je n&#8217;en espère pas autant. Peut-être  juste les apercevoir ? Et puis, un névé attire mon oeil. Quelque chose  bouge dessus. Je mets un moment à réaliser: un jeune chevreuil (dit-on  un faon?) a du mal à tenir ses pattes verticales sur la neige. Je n&#8217;en  crois pas mes yeux. Il est à une trentaine de mètres! Occupé comme il le  semble, j&#8217;ose porter les jumelles à mes yeux: je le vois maintenant  clairement, ce petit corps porté par des pattes immenses. Je n&#8217;en  reviens toujours pas. Mais où sont les parents ? Je scrute les environs,  dans la pénombre environnante. Je ne vois rien. En revenant vers le  névé, je n&#8217;aperçois qu&#8217;un corps qui disparait, et puis des bruits de  galop, plus bas dans le bois. Ils l&#8217;ont appelé, ils s&#8217;en sont allés,  tous les trois, me laissant là sous le ciel qui s&#8217;éteint&#8230; Et s&#8217;ils  avaient voulu me présenter leur progéniture ?</p>
<p>jp</p>
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		<title>Dans les yeux de Simon &#8211; Episode 6</title>
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		<pubDate>Wed, 31 Mar 2010 14:10:07 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Joel Pinson</dc:creator>
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		<description><![CDATA[A peine l’entrée de la Cité Véron franchie, on se trouve dans un autre univers. Depuis toujours Simon aime ce passage du bruit au silence, &#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>A peine l’entrée de la Cité Véron franchie, on se trouve dans un autre univers. Depuis toujours Simon aime ce passage du bruit au silence, de la foule du boulevard au calme de la ruelle déserte. Dès le premier pas, les larges pavés gris, la verdure qui s’échappe des jardins, l’absence de voitures, donnent l’impression de franchir le linteau d’un sanctuaire. En avançant, le bruit du boulevard s’estompe progressivement pour laisser place au bruit sec des talons sur les pavés. Tout appelle au silence ; si l’on entre avec quelqu’un, on se met à chuchoter sans en avoir conscience. Et puis, l’odeur du lilas, ou des roses, se superpose au bruit du vent dans les feuillages. En prêtant l’oreille, on entend alors une bribe de conversation, un « bonjour », un « au revoir », puis un portail qui grince, une porte qui claque, une fenêtre qui se ferme. En dix mètres on passe du tumulte de la ville à la quiétude du village : un rideau s’écarte pour mettre un visage sur ces bruits de pas, une porte se pousse pour préserver une intimité, un téléphone sonne. Ici, on vit calmement, on ne hausse pas la voix.  Un peu plus loin, Simon aperçoit un homme dans le jardin qui jouxte la maison de John Stoke ; il semble tailler ses rosiers. En passant devant son portail, Simon ose un timide « bonjour ». L’homme ne répond pas. Lorsque Simon sonne chez les Stoke, il entend la porte d’entrée du voisin qui se referme.</p>
<p>La compagne de John Stoke l’accueille avec le sourire. Simon l’avait prévenue de sa venue. Elle semble plus reposée que lors de sa première visite. Simon cherche dans ses yeux une indication sur son état d’esprit, mais ne décèle rien de tangible. Son regard est toujours à demi absent. A peine assise dans le salon, elle lâche :</p>
<p>- Vous ne m’aviez pas dit que vous pensiez que John avait une double vie ?<br />
- Ca n’est qu’une hypothèse, vous savez. Simon pense lui expliquer que le titre de son article n’est pas de lui, mais y renonce ; après tout elle n’a aucune raison de le croire, et puis c’est bien son nom qui est au bas de la page…<br />
- Vous vouliez me parler ? reprend-elle<br />
- Oui, en fait, je voulais justement vous expliquer pour le titre…<br />
- Ah ?<br />
- Euh… je voulais vous dire qu’il est ridicule ce titre car nous n’avons aucune preuve. Et, je vous présente nos excuses.<br />
- C’est le journal qui vous envoie ?<br />
- Non, c’est une démarche personnelle. Il hésite… et puis : bon, je préfère finalement vous le dire ; voilà, je n’ai pas écrit ce titre, d’ailleurs je ne vous l’avais pas lu quand je vous ai appelé.<br />
- Oui, pourquoi ?<br />
- Parce que je ne savais pas alors ce qu’il serait.<br />
- Comment ça ?</p>
<p>Simon s’en veut déjà d’avoir engagé cette explication, alors qu’il ne souhaitait pas donner trop de détails. Il reprend :</p>
<p>- C’est compliqué… les journalistes écrivent les articles, et peuvent proposer un titre, mais le rédacteur en chef a toute latitude pour l’adapter ou le modifier en fonction des autres articles de la Une, ou de l’actualité.<br />
- Et qu’aviez-vous proposé ?<br />
- Rien. Je sais que la plupart du temps, ça n’est pas mon titre qui est choisi…<br />
- Mais vous, que pensez-vous de cette hypothèse ? je veux dire la double vie de John ?<br />
- J’en pense… que ça n’est pas impossible mais qu’à ce stade, nous n’en savons rien. Enfin, je parle en particulier pour mon journal.<br />
- Qui enquête sur la mort de John ?<br />
- Beaucoup de monde : la Police Judiciaire, Scotland Yard, les services secrets de l’ambassade, et puis quelques autres personnes.<br />
- Connaissez-vous Elen Ward ?<br />
- C’est la personne de l’assurance de l’ambassade ?<br />
- Oui, c’est ce qu’elle m’a dit. Elle est venue me voir la semaine dernière.<br />
- Je l’ai rencontrée. Elle ne semble pas en savoir plus que nous, répondit Simon.</p>
<p>Après un moment de silence, elle ajoute :<br />
- Accepteriez-vous de travailler avec elle pour essayer de reconstituer l’emploi du temps de John ?</p>
<p>Simon est surpris :<br />
- Pourquoi ? elle vous l’a demandé ?<br />
- Non, mais j’ai confiance en vous deux, et je serais heureuse que vous acceptiez.<br />
- Qu’est-ce qui vous fait penser que nous nous entendrons ? reprit Simon.<br />
- Vous ne semblez pas chercher la même chose que les autres. Elle baisse la tête.<br />
- C&#8217;est-à-dire ? interroge Simon.<br />
- Toutes les personnes que j’ai vues à ce jour, veulent s’assurer que je ne  divulguerai pas d’informations sur John, en particulier à propos de son travail à l’ambassade. Elen Ward et vous semblez chercher ce qui s’est réellement passé.</p>
<p>Simon, secoue calmement la tête de haut en bas, en la regardant. Il lui dit :<br />
- Quelle est votre nom ?<br />
- Sylvie, répondit-elle. Je ne veux pas en dire plus pour le moment.<br />
- Je vais voir avec Elen, Sylvie ; et je vous tiens au courant.</p>
<p>En quittant la maison, Simon pose une dernière question à Sylvie :<br />
- Pourquoi avez-vous confiance en moi ?<br />
- Votre article, et puis… votre voix. Elle donne confiance. Et j’en ai besoin en ce moment.<br />
En rejoignant le boulevard, Simon répète dans sa tête : mes mots et ma voix, comme toujours…</p>
<p>Le soir même, en sortant du journal, il appelle Elen et lui propose de diner ensemble pour lui expliquer la demande de Sylvie. Elle lui donne rendez-vous dans un pub anglais, rue Montmartre ; Elen explique qu’elle a besoin d’entendre parler anglais, et de boire une bonne bière ajoute-t-elle avec malice. Elle a les yeux qui  brillent dans la semi-obscurité de l’établissement. Simon est toujours gêné lorsqu’elle plonge son regard dans le sien. Il baisse la tête, ou la regarde furtivement, avant de feindre d’être attiré par les allées et venues autour du bar. Elen écoute Simon raconter sa discussion avec Sylvie, et accepte avec enthousiasme de collaborer avec lui. Simon semble, lui, plus réservé et Elen le voit :<br />
- Mais toi, es-tu d’accord Simon ?<br />
- Bien sûr, bien sûr. Il marque un temps d’arrêt, et puis : t’a-t-elle dit pourquoi elle avait confiance en toi ?<br />
- Non.<br />
- Et toi ? demande Elen.<br />
- Euh… non, non.<br />
- De toute façon, je sens qu’on va bien travailler ensemble. D’ailleurs j’ai du nouveau, dit Elen. L’ambassade m’a révélé qu’ils étaient sur le point de porter plainte pour détournement de fonds contre une employée.<br />
- Ah, bon ? Mais quel rapport avec Stoke ? interroge Simon.<br />
- Et bien, cette personne était, comment dire, très proche de John Stoke.<br />
- Une maitresse ?<br />
- Je ne sais pas, mais on les voyait souvent ensemble, ils semblaient pour le moins très proches.<br />
- Intéressant, dit Simon. Tu en sais plus sur cette histoire de détournement ?<br />
- Pas encore. J’ai rendez-vous demain matin avec le <em>directeur financier</em>, c’est comme ça qu’on dit en France ?<br />
- Oui. Bon, on verra, c’est une piste. De mon côté je vais essayer de voir mon ami Pierre, il est substitut du procureur,  il a peut-être du nouveau ?</p>
<p>Le repas se passe calmement. Simon se veut plus silencieux, il a le sentiment d’avoir monopolisé la parole l’autre soir chez Basem. Il cherche plutôt à en savoir un peu plus sur Elen. Mais elle se livre peu. Elle finit par lui dire qu’elle est américaine, et qu’elle habite Londres depuis deux ans. La compagnie d’assurances pour laquelle elle travaille est basée à Boston, et lui a proposé un poste à Londres. Elle couvre l’Union Européenne, spécialement les ambassades britanniques. Simon cherche à savoir si les Etats-Unis lui manquent, elle répond après un moment de silence que <em>certaines choses</em> lui manquent mais qu’elle est globalement heureuse de sa vie en Europe. Elle reste toutefois discrète sur ce qui lui manque. Simon en profite pour lui dire son amour des Etats-Unis, où il a travaillé trois ans ; c’était son premier boulot de correspondant. Il était à Washington, où il a rencontré son ami Kevin, un musicien de jazz. Elen lui dit son admiration pour les gens qui vivent et travaillent dans le monde, leur capacité d’adaptation la fascine. Et puis :<br />
- Les gens comme toi, j’en rencontre beaucoup dans les ambassades, ont une vision très humble du monde. Ils sont tolérants, ouverts, comprennent mieux les choses, les évènements.<br />
- Je ne suis pas sûr que ce soit toujours le cas, dit Simon. J’ai aussi rencontré beaucoup d’intolérance, d’idées préconçues, et de regards biaisés sur le monde ; y compris dans les ambassades, ajoute Simon avec un petit sourire.<br />
- Tu as sans doute raison, je suis naïve, j’ai tendance à voir le bien partout, dit-elle en baissant les yeux.<br />
- Ca n’est pas un défaut, Elen. C’est plutôt réconfortant de savoir qu’il y a des gens comme toi.</p>
<p>Elen ne répond pas. Elle est songeuse. Et puis, comme pour se secouer :<br />
- Est-ce que tu prends des photos, quand tu es en poste à l’étranger ?<br />
- Ah, les photos… dit Simon en soupirant profondément.<br />
- Tu n’aimes pas ça ?<br />
- Oh si, au contraire, j’adore les photos, et les photographes. C’est juste que je n’arrive pas à prendre de photos.<br />
- Même avec des appareils <em>tout automatique</em> ? avance candidement Elen.<br />
- Simon sourit.  Ca n’est pas un problème de technique ; comment t’expliquer ? Je n’arrive pas à photographier les gens. Je fais des paysages, mais ils sont toujours vides. Je ne sais pas si tu connais ce photographe japonais <em>Masataka Nakano</em>, il a fait des photos de Tokyo absolument désertes, vides de toute vie humaine. C’est étrange, pas un regard, pas une âme, on dirait que le temps est comme suspendu, figé. Sans doute parce que c’est le Japon, ces photos me font penser à Hiroshima. Et bien, mes photos sont un peu comme ça ; sauf que moi c’est parce que je n’arrive pas à affronter le regard des autres à travers un appareil photographique. Or, ce qui m’intéresse en photo ce sont les gens, leur regard surtout.<br />
- C’est étonnant. Est-ce que tu sais pourquoi tu n’y arrives pas ?<br />
- Ca doit venir de mes yeux, je pense. Je ne sais pas… Et toi tu aimes la photo ?<br />
- Euh, oui, enfin, je n’y connais pas grand-chose. Je n’ai même pas d’appareil photo, dit–elle en souriant.</p>
<p>Elen semble troublée par cette révélation. Simon, lui, cherche à changer de sujet, mais ne sait que dire. Alors, il dit quelque chose qui lui semble stupide avant même d’en avoir prononcé tous les mots :<br />
- En tout cas, avec les yeux que tu as, tu ne devrais pas avoir de problème avec la photo, toi.</p>
<p>Elen pâlit, et baisse les yeux ; très vite, une larme descend doucement le long de sa joue. Simon reste muet et immobile. Elen se lève et disparait au fond du pub. Maintenant, c’est Simon qui est pâle. Au bout de quelques minutes, elle se rassoit en face de lui. Elle est triste. Simon lui demande pardon, et explique que ses mots sont absurdes. Elen sourit avec compassion. Et puis, en posant sa main sur celle de Simon, elle dit doucement :<br />
- Tu n’y es pour rien, Simon. C’est juste que… tu vois ces yeux là, comme tu dis, m’ont causé pas mal de problèmes. Mais, tu as raison, il vaudrait peut-être mieux que je les cache derrière un appareil photographique. Elle se force à sourire.</p>
<p>Simon, reste immobile ; il ne sait plus que dire. Ils restent un moment comme ça, sans parler. Pour la première fois, Simon a le sentiment de regarder quelqu’un dans les yeux. Intensément.</p>
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		<title>Morning Commute</title>
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		<pubDate>Tue, 23 Mar 2010 10:51:23 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Joel Pinson</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Nothing’s different. The car is sitting in front the house. Steve gets on board, pretty much at the same time as Rich next door does &#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Nothing’s different. The car is sitting in front the house. Steve gets on board, pretty much at the same time as Rich next door does on his. A quick nod to Rich, Steve turns the ignition key, as well as the radio switch. Blinker, a look through the side window, the low-pitched sound of the engine is the same. Nothing’s different. Central street looks <em>ghosty</em> in the dawn light. Car lights seem to brush the sky, people shadows cross the street or get into cars. A yellow square draws Steve’s attention: it’s a <em>Post-It</em> sticked on the glove box door; it says “donuts”. Steve sighs: his turn today&#8230; He stops the car in front of the bakery, just before the train bridge. The lights inside the shop are so powerful that Steve thinks he should have taken his sunglasses. Nothing’s different. He puts the white box on the passenger seat, and gets the car under the train bridge. On the other side, the traffic is getting heavier. On Dempster Road starts the stop-go motion, one traffic-light to another: hundreds of people sitting alone in their car, watching the bumper in front of them. Nothing’s different. Approaching the highway, Steve decides to bypass it and to take Glenview Road instead.  It’s a bit longer, but at least traffic is not stuck. Two miles further, on the other direction, a police car makes a u-turn just in front of Steve’s car, and speeds up towards the mall where, sometimes, Steve picks up a friend. When he gets to the mall, several flashing police cars are there. The car behind honks as Steve slows down to see what’s going on. Policemen prevent people from slowing down, traffic must go. Nothing’s different.</p>
<p>When he gets to work, Steve takes the white box on the passenger seat, enters the building, passes security, and seats down in his cubicle. An hour later, he puts the white box on the meeting room table. The few people around say “hi”. Nothing seems different. Until someone enters the room and explains that Paul killed himself this morning before coming to work. Steve seats down, shocked; Paul is the guy he picks up from time to time. “Where did that happen?” he says. “On Dempster Road” replies someone.</p>
<p>The next week, Steve leaves his office for the last time; he resigned the very morning. He leaves the city, and goes to a place he had left years before because it was too far from the city, and too peaceful. Now, he feels that things were different there. Season after season, the landscape was different; at night stars were glowing in the sky, and during snow storms people were helping each other. Everything’s actually different there; and there is no reason to commute.</p>
<p>jp</p>
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		<title>Dans les yeux de Simon &#8211; Episode 5</title>
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		<pubDate>Sat, 20 Mar 2010 08:56:09 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Joel Pinson</dc:creator>
				<category><![CDATA[Defaut]]></category>

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		<description><![CDATA[Le week-end s&#8217;annonce pluvieux, un de ceux que Simon n’aime pas. Il se lève à la  même heure qu&#8217;un jour de semaine en ce samedi, &#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img class="aligncenter size-medium wp-image-199" title="metier003" src="http://joelpinson.fr/wp-content/uploads/2010/03/metier003-300x203.jpg" alt="" width="300" height="203" />Le week-end s&#8217;annonce pluvieux, un de ceux que Simon n’aime pas. Il se lève à la  même heure qu&#8217;un jour de semaine en ce samedi, une vieille habitude. Après avoir avalé son verre de jus d&#8217;orange, il se retrouve devant son image dans le miroir de la salle de bain. Il regarde ce visage rond qui l&#8217;a toujours intrigué. Des cheveux bruns, mi-longs, qui cachent le haut de ses oreilles, un front étroit souligné par de petits sourcils bien séparés, juste au dessus d’un regard marron. Les cils sont longs. Il s’attarde sur ces yeux qui lui  semblent indifférents. Il essaye de plonger dans son propre regard : qu’y a-t-il dans les yeux de Simon ? qu’y voient les autres ? Lui, n’y voit rien… Il continue à explorer : le nez est droit et plutôt long, enfin c’est ce que disait sa mère. Les lèvres sont bien dessinées, <em>pulpeuses</em> dit Claire, et un menton arrondi souligne l’ensemble, comme un trait de fusain. Il se regarde à nouveau, et se dit : qui est-ce ? Est-ce le visage de mon père, d&#8217;un journaliste, d&#8217;un homme qui n&#8217;aime pas ce qu&#8217;il fait, de celui qui est toujours amoureux de Claire, ou de celui troublé par Elen ? Les mots de John Stoke raisonnent soudain dans sa tête: « Je ne sais plus qui je suis&#8230; ». Simon a souvent cette impression aussi, de ne pas savoir qui il est. Il cherche une réponse dans le miroir, dans ces petits yeux marrons, dans ce visage neutre qui ne montre rien. Il lève les sourcils, mime un sourire, écarquille les yeux, pour trouver une réponse, une piste. Cet homme est-il sympathique ? A-t-on envie de lui parler ? De l&#8217;écouter ? Simon s&#8217;assoit sur le rebord de la baignoire, et baisse la tête en soupirant lentement. Comme souvent, une succession d&#8217;images lui traverse l&#8217;esprit, sans qu&#8217;il comprenne bien pourquoi, ni par quelle association d&#8217;idées. Il voit son enfance, son père, la fierté qu&#8217;il lui a montré quand il a lu sa première rédaction au collège, puis il ressent la chaleur du soleil de Tel-Aviv qui lui réchauffait le corps et le cœur quand il y couvrait les évènements, il entend la femme de  John Stoke lui répéter doucement les derniers mots de son mari, voit le visage de Claire qui disparaît brutalement dans le claquement d’une porte. Simon ferme les yeux, comme pour tout oublier. Et puis… il entend la voix de Sarah. Elle était stagiaire au journal quand il était correspondant au Liban. Pendant des mois, il l&#8217;appelait tous les jours, ou presque. C&#8217;était son contact privilégié au journal. Le rédacteur en chef pensait que c&#8217;était bien pour elle, et puis un correspondant a des besoins qui nécessitent une écoute, un contact. Simon n&#8217;avait jamais vu Sarah, elle était arrivée au journal après son départ. Au début, il ne savait pas trop comment lui parler, donc il se limitait aux choses pratiques: un numéro de téléphone, le nom d&#8217;un membre de l&#8217;ambassade de France, un billet d&#8217;avion. Elle l&#8217;écoutait, essayait de devancer ses demandes. Au fil des semaines, Simon aimait de plus en plus ce rendez-vous, cette voix douce, calme, qui semblait le comprendre. Lors de la première série d&#8217;attentats, il la sentait sincèrement inquiète. C&#8217;est aussi à ce moment là qu&#8217;elle l&#8217;avait tutoyé. Simon en avait ressenti un immense plaisir. Cette voix lui devenait de plus en plus indispensable, il sentait une connivence s&#8217;installer, quelque chose se passer. Sans se voir, ils s’étaient rapprochés. Simon se remet à nouveau devant le miroir, immobile, il se regarde et dit à voix haute : « Le visage est un leurre ».</p>
<p>Soudain, on sonne à la porte. Simon hésite à ouvrir puis entend: «Un courrier pour vous! ». Il reconnaît la concierge de l&#8217;immeuble. Il entrouvre la porte et attrape le pli qu&#8217;elle lui tend: « Merci ». Il ouvre l&#8217;enveloppe et lit:</p>
<p><em>« Sorry Simon, I can&#8217;t write in French. </em><em>Would you meet me this afternoon at 6pm, place de l&#8217;Opéra ?  I need to talk to you. Cheers, Elen »</em> <a href="#_ftn1">[1]</a></p>
<p>Simon se demande comment Elen sait où il habite&#8230; le journal probablement. Et puis, de quoi s&#8217;agit-il ? Il pose la lettre sur la table et retourne dans la salle de bain. Avant de prendre sa douche il regarde à nouveau son visage dans le miroir. Il ne reconnaît pas le même homme que tout à l&#8217;heure. Est-ce le souvenir de Sarah, ou bien le message d&#8217;Elen ? Ses yeux ne répondent pas. Au moins, se dit Simon, on cherche à me parler.</p>
<p>A six heures précises, Simon sort de la bouche de métro place de l&#8217;Opéra. Il regarde la place d&#8217;un mouvement circulaire, mais elle est noire de monde. Il appelle Elen sur le numéro de téléphone qu&#8217;elle lui a laissé sur son mot: « Elen? Je suis là ».</p>
<p>Ils se retrouvent devant un bistro, boulevard des Italiens. Elen l&#8217;accueille avec un sourire éclatant. Simon se montre plus réservé, à la fois tendu et anxieux. Il pleut à verse. Ils se réfugient à l&#8217;intérieur. Les cheveux d&#8217;Elen sont mouillés, ses yeux brillent, et un plaisir maintenant plus discret éclaire son visage; elle regarde Simon dans les yeux, ne dit rien ; Simon se sent traversé. Pour masquer sa gêne il lui dit: « Tu voulais me parler? »</p>
<p>Elen fait un signe de la tête sans le quitter des yeux, puis répond:</p>
<p>- Euh&#8230; <em>yes, yes</em>.<br />
- Je t&#8217;écoute.<br />
- J&#8217;ai lu ton article dans le journal ce matin.<br />
- Ah, ok. Tu as aimé ? dit Simon d&#8217;une petite voix.<br />
- <em>Indeed, yes!</em> Elen semblait sérieuse, et ne quittait toujours pas Simon du regard. Puis après un court silence, comme pour le convaincre, elle ajoute avec son accent: « J&#8217;ai adoorré ».<br />
- Simon se sent rougir, et dit : Ah, bien, très bien. Pourquoi ?</p>
<p>Elen commence en français mais, comme elle cherche ses mots, elle demande à Simon si elle peut lui expliquer en anglais. Simon acquiesce, et Elen reprend un air sérieux pour lui dire qu&#8217;elle a trouvé l&#8217;article très émouvant, très digne devant la douleur de cette femme ; et puis surtout que le journaliste ne prend pas parti, qu’il laisse le lecteur se faire une idée. Elle lui dit que généralement les journalistes n&#8217;écrivent pas comme ça, en tout cas pas en Angleterre. Une douce lueur illumine à nouveau son visage. Puis :</p>
<p>- Mais… il y a seulement une question que je voulais te poser, dit-elle ?</p>
<p>- Oui, laquelle ? dit Simon surpris<br />
- Elen a l&#8217;air embêtée et finit par dire: « Le titre »<br />
- Oui ? Simon attend.<br />
- Pourquoi ce titre ? Qu&#8217;est-ce tu veux dire ?</p>
<p>- Le titre ? hmm… comment te dire ? Tu gardes ça pour toi, mais ce n&#8217;est pas moi qui ai écrit le titre. Je ne savais même pas qu&#8217;il avait été changé&#8230;<br />
- Mais qui a écrit le titre alors ?<br />
- Mon rédacteur en chef ; <em>the editor in chief</em>… rajoute Simon voyant les sourcils froncés d&#8217;Elen.<br />
- Oh, <em>I see</em>, mais pourquoi a-t-il écrit ça ?<br />
- Pourquoi ? répète Simon, je ne sais pas vraiment. C&#8217;est sans doute ce qu&#8217;il pense. Simon réalise qu’il ne se livre pas, qu’il reste sur une réserve que lui-même ne comprend pas.<br />
- Il a le droit de faire ça, dit Elen, <em>I mean</em> changer le titre ?<br />
- Simon esquisse un sourire, le rédacteur en chef a tous les droits Elen.<br />
- Ok, dit-elle, mais c&#8217;est vrai que John Stoke avait une double vie ?<br />
- Simon hausse les épaules en avançant la lèvre inférieure en signe d&#8217;ignorance : ça… je ne sais pas.</p>
<p>Elen reste silencieuse. Elle secoue la tête en baissant les yeux pour la première fois depuis le début de leur discussion, puis : J&#8217;aurais bien voulu savoir, pour mon enquête, ajoute-t-elle. Simon la regarde. Au bout d&#8217;un moment, il dit :</p>
<p>-Tu penses vraiment que mon article est bon ? Elen relève la tête brusquement:</p>
<p>- Absolument! Et puis devant le silence de Simon, elle ajoute : Tu crois que j&#8217;ai dit ça pour avoir des informations ? Je te jure que j&#8217;ai vraiment aimé ton article.<br />
- Alors merci, dit Simon. Son visage se détend pour la première fois.<br />
- Vraiment ! insiste-t-elle. Simon la regarde dans les yeux et lance :<br />
- Tu fais quelque chose ce soir ? On mange ensemble ?<br />
- <em>Yes</em>, dit-elle doucement.</p>
<p>En quittant le bistro, Simon repense à son image dans le miroir. Elle lui parait encore plus brouillée que ce matin. Est-ce lui ce journaliste qu’on trouve si formidable ? Ce journaliste qui n’aime pas ce qu’il fait, mais dont on semble aimer la voix ou les mots ? Et son regard ? Est-ce qu’on le remarque ?</p>
<p>Simon emmène Elen dans un petit restaurant de Montmartre, rue des Abbesses, à l’écart de la cohue de la place du Tertre. C’est un restaurant libanais où il va de temps en temps, lorsque les parfums orientaux lui manquent trop. Il prend alors un <em>mezza</em>, cet assortiment de plats qui regroupe toutes les saveurs du Moyen-Orient. Basem, le patron, les accueille chaleureusement : « Simon, mon frère ! ça fait un moment qu’on t’a pas vu, t’étais en reportage ? » Simon sourit en guise de réponse, fait une accolade, introduit Elen d’un geste de la main, puis montre une table à l’écart. Basem les installe et demande :</p>
<p>- Deux <em>mezzas</em> ?<br />
- Parfait, répond Simon. Puis avec un large sourire il dit à Elen : C’est ce qu’il y a de mieux, même une anglaise aimerait ça !</p>
<p>- <em>Ok then</em>, dit-elle avec une moue dubitative.</p>
<p>Pendant le repas, Simon raconte son séjour au Liban, où il est resté près de deux ans. Elen pose beaucoup de questions, c’est une région du monde qu’elle ne connaît pas. Elle avoue même avoir peur d’y aller. Simon lui explique que c’est au contraire la région qui le fascine le plus.</p>
<p>- Pourquoi, dit-elle ?<br />
- Pour des tas de raisons, dit Simon. En premier lieu nos origines judéo-chrétiennes, je me souviendrai toute ma vie de ce que j’ai ressenti lorsque j’ai posé ma main sur des pierres vieilles de plus de trois mille ans : j’avais l’impression d’entrer en résonance avec mon histoire ; j’ai eu beaucoup de mal à la retirer. Et puis le Moyen-Orient est le péché originel du monde occidental, Elen: c’est là que prennent source et se nouent tous les drames du monde depuis la fin de la première guerre mondiale. Ignorer le Moyen-Orient, ou en avoir peur, c’est se cacher nos réalités, nos incohérences, nos lâchetés.</p>
<p>Elen regarde Simon parler. Elle le voit différent de ce qu’il lui a montré jusqu’alors. Son visage se détend, s’ouvre, ses yeux brillent. Sa voix chaleureuse l’emmène loin de Paris. Portée par les saveurs et les odeurs s’échappant du <em>mezza</em>, elle voyage, elle découvre des réalités qu’elle ne soupçonnait pas.</p>
<p>- Pourquoi es-tu rentré à Paris ?<br />
- Simon ne s’attendait pas à la question, il profite qu’il a la bouche pleine pour réfléchir à ce qu’il va dire…<br />
- C’est le journal qui t’a fait rentrer, reprend-elle ?<br />
- Non, disons… pour des raisons… personnelles, finit-il par dire.</p>
<p>Elen s’en veut d’avoir posé cette question.<br />
- Tu n’y es plus retourné depuis ?<br />
- Au Liban ? non. Mais un an après être rentré, je suis reparti en Israël, toujours pour le journal, pendant un an.<br />
- C’était comment Israël ?<br />
- Différent. En fait, j’avais la chance de connaître quelqu’un sur place. Ca permet de comprendre les choses plus vite.<br />
- Un journaliste ?<br />
- Non, une amie que j’avais rencontrée à Berlin.<br />
- A Berlin ?! répète Elen étonnée.<br />
- Oui, je sais c’est étrange. J’étais à Berlin pour le journal, et le week-end j’avais décidé d’aller à Auschwitz ; une promesse que je m’étais faite après avoir lu tous les livres de <em>Primo Levi</em>. J’avais peur d’y aller, mais ce week-end-là j’avais décidé de le faire. J’ai pris le train pour Varsovie. Dans le train, dans mon compartiment, se trouvait une femme avec ses deux enfants. Nos regards n’ont fait que se croiser une bonne partie du voyage, mais peu avant d’arriver à Varsovie, elle a engagé la discussion. Elle allait aussi à Auschwitz. Elle m’a dit qu’elle s’appelait Elit, qu’elle était israélienne, et qu’elle venait spécialement de Tel-Aviv. Nous avons fait le trajet de Varsovie à Auschwitz et visité le camp ensemble. Il y a bientôt dix ans, mais je revois toujours ses yeux lorsqu’ils ont croisé les miens dans le camp. J’y ai lu un mélange de peur et de révolte. C’est une des plus grandes émotions de ma vie.<br />
- Je comprends, dit doucement Elen.<br />
- C’est beau des yeux qui parlent… continue Simon en regardant dans le vide.</p>
<p>Après un long moment de silence, il se reprend :<br />
- Donc, après le Liban, j’ai passé un an à Paris puis, lorsque j’ai décidé de repartir, j’ai demandé au journal de me trouver un poste au Moyen-Orient. Ils avaient besoin de quelqu’un à Tel-Aviv. J’ai appelé Elit avec qui j’avais gardé contact, et suis parti un an là-bas.<br />
- J’aimerais bien lire les articles que tu as écrits quand tu étais au Moyen-Orient, dit Elen.<br />
- C’est vrai ? Je te trouverai ça, répond fièrement Simon.</p>
<p>jp</p>
<p>(à suivre)</p>
<hr size="1" /><a href="#_ftnref1">[1]</a> Désolé Simon, je ne sais pas écrire en français. Puis-je te voir cette après-midi à 18h, place de l&#8217;Opera ? J&#8217;ai besoin de te parler.  Salut, Elen.</p>
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		<title>Dans les yeux de Simon &#8211; Episode 4</title>
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		<pubDate>Fri, 19 Mar 2010 06:51:44 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Joel Pinson</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Le métro s’immobilise station Iéna. Simon se lève. Le quai est désert. Avenue d’Iéna, le trafic est intense, Simon aperçoit au loin les voitures des &#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Le métro s’immobilise station Iéna. Simon se lève. Le quai est désert. Avenue d’Iéna, le trafic est intense, Simon aperçoit au loin les voitures des stations de radios déjà sur place.  Un cordon de sécurité filtre l’accès à l’ambassade. Simon montre sa carte de presse et se retrouve dans la salle de conférence. Le lieu est austère. C’est la première fois qu’il vient à l’ambassade d’Iran. Il n’a pas souvenir non plus d’une conférence de presse organisée en ces lieux. L’affaire doit être d’importance. La salle se remplit, la sécurité veille au grain et impose les emplacements des caméras aux chaines de télévision. On entend quelques commentaires acerbes en français, le ton monte lorsque l’attachée de presse de l’ambassade, une jeune femme, intervient auprès des services de sécurité pour calmer les esprits. Les quelques chaises mises à disposition sont vite occupées. L’attachée de presse annonce dans un français quasi-parfait que l’ambassadeur ne va pas tarder. La douceur de sa voix tranche avec la rigueur de son voile noir qui ne laisse paraître que son visage blanc. Soudain, les voisins de gauche de Simon se lèvent pour laisser passer quelqu’un qui veut visiblement s’asseoir sur la seule chaise libre de la rangée, à la droite de Simon. Simon se lève à son tour, et se retrouve nez à nez avec… « Jolis Yeux ».</p>
<p>- Hello again, dit-il, heureux de cette coïncidence.<br />
- <em>Hello again</em>, dit-elle un peu décontenancée de se retrouver à nouveau avec Simon.<br />
- Au fait, je m’appelle Simon, je suis journaliste. Et vous ?<br />
- Je suis Elen, dit-elle.<br />
- Journaliste ? dit Simon<br />
- <em>Hmm… not exactly</em>, dit-elle rapidement. Visiblement elle ne souhaite pas continuer cette discussion.</p>
<p>Soudain, le silence se fait dans la salle. L’ambassadeur s’assoit à la table drapée d’un tissu noir. L’homme est petit, porte une barbe rase majoritairement blanche, et un costume sombre avec de fines rayures. Sa chemise blanche n’a pas de col, elle est fermée par un bouton à la base du cou.  Il sort un papier de sa poche, enfile des lunettes rectangulaires, et commence à lire sa déclaration en farsi<a href="#_ftn1">[1]</a>. Par moment il s’arrête pour que l’attachée de presse traduise. (Simon se demande comment Elen a pu passer la sécurité sans carte de presse.)</p>
<p>« Avant-hier, le corps d’un homme a été retrouvé à quelques mètres d’ici. Naturellement, la République Islamique d’Iran n’est en aucun cas, de près ou de loin, impliquée dans cette affaire. En conséquence, les insinuations du ministre français des affaires étrangères constituent un acte regrettable pouvant affecter la confiance des autorités iraniennes en la neutralité de la justice française. Concernant cette affaire, nous avons rappelé aux autorités françaises que les faits ont été commis à l’extérieur de l’ambassade d’Iran, c’est à dire en territoire français. Il ne serait donc être question de mêler la République Islamique d’Iran à ce qui semble s’apparenter à un règlement de compte d’ordre privé. »  L’ambassadeur replie le papier qu’il vient de lire et le range dans sa poche, pendant que l’attachée finit de traduire.</p>
<p>Une fois la traduction terminée, elle déclare alors que l’ambassadeur est prêt à répondre à deux questions : une de la presse écrite, et une de la télévision française. Simon saute littéralement de sa chaise, le bras droit levé. Son réflexe inouï lui vaut d’attirer immédiatement l’attention de l’attachée de presse qui lui fait signe de poser sa question : « Merci. Monsieur l’ambassadeur, selon la police, l’homme retrouvé mort devant l’ambassade d’Iran serait un employé de l’ambassade de Grande-Bretagne. Que vous inspire cette information ? » La salle murmure ; s’ensuit un profond silence pendant la traduction de la question. Puis, l’ambassadeur retire ses lunettes et regarde dans la direction de Simon. Le silence est intense. Un léger sourire traverse son visage qui redevient aussitôt sévère. Il donne sa réponse en regardant l’attachée de presse. La langue persane est douce et mélodieuse. Bien qu’il ne la comprenne pas, Simon en est toujours étonné : alors que le <em>farsi</em> écrit utilise en grande partie l’alphabet arabe, les sons produits par les deux langues sont complètement différents. L’attachée de presse vient interrompre la réflexion de Simon : « Cher monsieur, si un sans-abri était retrouvé mort devant le Palais de l’Elysée,  que vous inspirerait cette information ? ».</p>
<p>L’ambassadeur se lève à peine la traduction de sa réponse terminée et quitte la salle. Simon reste debout, sans autre réaction qu’un sourire figé. La salle se vide. Elen se lève à son tour et dit :</p>
<p>- <em>Nice guy, hmm ?</em> en regardant Simon.<br />
- Oui, très sympa ! répond Simon avec un large sourire. Puis il ajoute :<br />
- Puis-je vous offrir quelque chose, un café… ?<br />
Elen réfléchit un court instant puis, en plongeant son regard bleu dans les yeux de Simon, répond avec ce charmant accent : « avec une plaisir ».</p>
<p>En marchant à côté d’elle, Simon ne revient pas de l’effet que ces yeux-là lui font. Il n’a pas ressenti une telle émotion depuis longtemps. Il ne sait que dire, et jette un regard en coin à Elen dont le visage lui parait radieux, détendu. Elle lui dit combien elle aime Paris, que c’est une ville merveilleuse. Simon sourit et ne répond pas ; il pense que son copain américain Kevin lui dit souvent la même chose. Simon demande si elle vit à Paris. Elle répond qu’elle vit à Londres, qu’elle est seulement arrivée ici il y a deux jours. Ils entrent dans un café. Simon s’assoit en face d’elle. La beauté d’Elen le tétanise ; il cherche ses mots :<br />
- Vous avez trouvé votre ami ce matin ? lance-t-il enfin.<br />
- Euh, oui. Enfin… sa femme.</p>
<p>Simon hésite puis lance :<br />
- Votre ami, c’est le mort de l’avenue d’Iéna ? Elen semble embarrassée, elle ferme les yeux puis répond gravement:<br />
- <em>Okay</em>. Ca n’est pas mon ami. J’enquête sur sa mort. <em>Sorry</em>…<br />
- Ah, fait Simon. Vous êtes de Scotland Yard ?<br />
- Non. Je travaille pour la compagnie d’assurance qui assure les employés de l’ambassade de Grande-Bretagne.<br />
- Je vois. En somme, nous cherchons la même chose, vous et moi ?<br />
- Je ne sais pas, dit-elle. Que cherchez-vous ?<br />
- La vérité, dit Simon avec un large sourire.<br />
- Alors oui, dit-elle, nous cherchons la même chose.</p>
<p>En rentrant chez lui, ce soir-là, Simon pense à Elen. Il a du mal à se concentrer sur son travail depuis leur discussion avenue d’Iéna, ce que lui reproche vertement son rédacteur en chef d’ailleurs ! Il faut dire que cette affaire ne mène à rien, pense Simon : avec l’implication de la police française, de Scotland Yard, et les services secrets des deux ambassades, il serait miraculeux de trouver quelque chose… Il se demande si Elen pense comme lui, ou si elle a des informations intéressantes. Il n’a pas osé lui poser des questions au café ce matin. Il se dit, qu’une fois de plus, il va devoir utiliser une relation qui lui est chère pour obtenir des informations. Comme avec Pierre. C’est son problème à Simon, il n’aime pas fouiner, enquêter, poser des questions. Il a fait du journalisme pour témoigner, rapporter ce qu’il voit, ce qu’il comprend, ce qu’il sent. Correspondant, voilà ce qu’il aime être. Pendant des années, c’est ce qu’il fut: Washington, Téhéran, puis le Moyen-Orient, Liban, Israël. Mais une fois rentré à Paris, les choses ont changé : il court à la recherche « d’in-for-ma-tion » pour son rédacteur en chef ; les conférences de presse, les coups de téléphones, les « indics » dans les ministères, chez les magistrats, il a l’impression d’être un flic. Et lorsqu’en plus il doit « utiliser » ses amis ou des gens qui comptent pour lui, il n’y arrive pas. Il n’aime pas cette dépendance aux autres. C’est pour Claire qu’il est rentré à Paris. Ils se fréquentaient pendant son affectation en Israël. C’était alors une relation épisodique. Ils se voyaient lorsqu’il rentrait à Paris pour les vacances, quelques jours, ou un week-end. Claire en avait marre, elle avait besoin d’une présence à ses côtés, d’un homme à la maison. Simon hésita longtemps, mais il tenait à elle. Et il rentra. Depuis, Claire l’a quitté, et son boulot ne lui plait pas.  Un beau gâchis pense Simon… Les images défilent dans sa tête : Pierre qu’il n’avait pas vu si heureux depuis longtemps, Claire qui divorce de celui qu’elle a épousé après l’avoir quitté, le visage d’ange d’Elen. Simon se sent oppressé, il fait de grandes inspirations comme pour libérer quelque chose. Deux larmes glissent le long de ses joues.</p>
<p>Boulevard de Clichy. Presque machinalement, il se dirige vers la Cité Véron. Il passe sous l’enseigne et accélère le pas en direction de la maison de J. Stoke. Sans hésitation il sonne. La porte de la petite maison s’ouvre et une voix féminine demande : « Oui ? c’est à quel sujet ? » Simon, toujours derrière la grille du jardin, répond : «je voudrais vous parler de votre mari. » C’est sorti comme ça, sans réfléchir. Quel con ! pense Simon, je ne sais même pas si c’est sa femme ! Etonnamment, la voix répond : « Entrez ». Il traverse le jardin, monte les quelques marches, et se retrouve devant une femme vêtue de noir. Elle s&#8217;écarte pour le laisser entrer, et referme la porte derrière lui. Simon attend dans le vestibule, elle passe devant et se dirige vers la pièce principale sans un mot. Il la suit. Elle s&#8217;installe sur le sofa, et dit: « Asseyez- vous » en montrant   un fauteuil. Elle ne parle pas. Simon bredouille en quelques mots qu&#8217;il est désolé pour son mari, et qu&#8217;il est heureux de la rencontrer. Elle regarde Simon de ses yeux vides, cernés, qui semblent avoir beaucoup pleuré, et ne dit rien, comme absente. Il lui demande si elle accepterait de parler de son mari, de ce qui s&#8217;est passé. Elle fait un signe de la tête en approbation. Simon attend. Elle redresse les épaules, et semble faire un effort pour ouvrir la bouche. En inspirant lentement elle finit par dire:</p>
<p>- C&#8217;était un homme merveilleux. Toujours attentionné, calme, posé. Il disait qu&#8217;il aimait son travail, mais en parlait peu. Il y a quelques jours il semblait préoccupé&#8230; le soir, il restait assis sur ce fauteuil, en silence. Je ne savais que faire. Le lendemain j&#8217;osais lui demander: « qu&#8217;est-ce qui ne va pas John? ». Il leva les yeux vers moi et me répondit: « je ne sais plus qui je suis&#8230; ». Ce sont les derniers mots qu&#8217;il m&#8217;a dits. Le lendemain, il n&#8217;est pas rentré; au petit matin, la police m&#8217;a appelée pour me dire qu&#8217;on l&#8217;avait retrouvé mort.</p>
<p>- Que faisait votre mari, madame ?<br />
- Nous n&#8217;étions pas mariés. Son travail ? Je ne sais pas très bien. C&#8217;était une sorte d&#8217;attaché culturel je crois&#8230; mais je ne sais pas vraiment ce que cela veut dire.</p>
<p>Elle hausse lentement les épaules et ferme doucement les paupières en disant ça, comme dépassée par les évènements. Simon est gêné, il a l&#8217;impression de mettre le doigt sur la douleur de cette femme; de lui faire dire qu&#8217;elle vivait avec un presqu’inconnu, quelqu&#8217;un qu&#8217;elle connaissait finalement peu. Il décide de ne pas aller plus loin, de ne pas insister. Et puis, comme il prend congé, il se retourne vers elle, lui tend une carte de visite, et lui dit: « si vous voulez dire des choses, ce que vous voulez, appelez-moi, je suis journaliste. Mais&#8230; ne vous inquiétez pas, je vous ferai lire ce que j&#8217;écris, si j&#8217;écris quelque chose&#8230; ». Elle prend la carte, et le regarde dans les yeux. Simon sourit, ses yeux à elle sont pleins de larmes.</p>
<p>En quittant la Cité Véron, Simon est comme soulagé. Il a l&#8217;impression d&#8217;avoir fait son boulot, tout en restant digne. Son rédacteur en chef ne serait sûrement pas d&#8217;accord; il aurait posé, lui, des tonnes de questions. Mais Simon voit les choses autrement. S&#8217;il n&#8217;aime pas trop ce qu&#8217;on veut lui faire faire, au moins il le fait à sa manière, en prenant le temps de comprendre les gens, d&#8217;établir un climat comme quand il était correspondant, et qu&#8217;on ne lui demandait pas une « in-fo » toutes les heures.</p>
<p>Le lendemain, l&#8217;article de Simon en première page du journal s&#8217;intitule: « Le mort de l&#8217;avenue d&#8217;Iéna: une double vie ? ». Le rédacteur en chef est l&#8217;auteur du titre. Dans l&#8217;article, Simon raconte sa rencontre avec celle qui partageait la vie de John Stoke, rien d’autre. Avant la publication, il l&#8217;avait appelée et lui avait lu l&#8217;article au téléphone. Elle avait dit : « c’est bien ».</p>
<p>jp</p>
<p>(à suivre)</p>
<hr size="1" /><a href="#_ftnref1">[1]</a> Le persan est la langue parlée en Iran, en Afghanistan, au Tadjikistan, au Bahreïn, et en Ouzbékistan. Il est appelé <strong>farsi</strong> en Iran et en Afghanistan.</p>
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		<title>Une belle vie</title>
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		<pubDate>Thu, 18 Mar 2010 08:21:40 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Joel Pinson</dc:creator>
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			<content:encoded><![CDATA[<p>Il s&#8217;en est allé, sans prévenir, discrètement. Ce sont les autres qui en ont fait un évènement, ceux-là même qui l&#8217;avaient exclu, censuré, oublié. Les nouvelles générations ne le connaissent pas, c&#8217;est étrange d&#8217;être un inconnu dans un monde que l&#8217;on a tant défendu.  Pourtant, il n&#8217;était pas loin, juste là au bout du chemin qui monte vers le village, là où les cloches de l&#8217;église rythment la vie, là où l&#8217;authentique ignore le <em>look</em>, là où l&#8217;on boit un verre entre amis sur la place du village, un verre qui remplit les coeurs, qui nourrit ceux qui vivent une &#8220;vie moderne&#8221; comme le dirait Depardon. Une belle vie en somme. Jean Ferrat aimait cette vie. Au milieu de ces montagnes, il a vécu ce qu&#8217;il a chanté: l&#8217;amour, l&#8217;engagement, la poésie, l&#8217;amitié. Comme beaucoup, cette voix a accompagné ma vie: elle m&#8217;a parlé de l&#8217;holocauste, m&#8217;a fait découvrir Louis Aragon,  m&#8217;a expliqué le monde que je découvrais, et m&#8217;a surtout parlé d&#8217;amour. C&#8217;est cette voix que je voulais entendre le jour de mon mariage, et elle n&#8217;est jamais sortie de ma mémoire.</p>
<p>jp</p>
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		<title>Dans les yeux de Simon &#8211; Episode 3</title>
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		<pubDate>Wed, 17 Mar 2010 23:39:18 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Joel Pinson</dc:creator>
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			<content:encoded><![CDATA[<p>Lorsqu’il passe sous l’enseigne émaillée, la Cité Véron semble encore  endormie. Le contraste avec le bruyant boulevard de Clichy est  saisissant : les oiseaux dans les arbres, et deux chats qui se  chamaillent, sont les seuls bruits. La légère brise matinale chante dans  les arbres. L’impasse pavée se termine par une villa dont on aperçoit  l’entrée tout au bout. Sur la gauche, une succession de petits jardins  donne à l’ensemble des airs de banlieue. C’est un curieux endroit que la  Cité Véron ; elle abrite même un temple vaudou ! En avançant, Simon  relève les noms sur les portails des jardins.  Puis, à deux maisons de  la fin de l’impasse, il voit une sonnette un peu de travers avec un nom  sous le plastique jauni : « J. Stoke ». Cela ressemble aux indications  de Pierre. Les persiennes bleues de la maisonnette sont fermées. Il est  tôt, Simon n’ose pas sonner.</p>
<p>Soudain, à l’entrée de l’impasse il entend des pas sur les pavés. Au  son, il s’agit de talons aiguilles. Pour ne pas attirer l’attention, il  se dirige vers le boulevard, faisant mine de sortir de chez lui. Il voit  maintenant clairement la silhouette de la visiteuse, elle semble  chercher quelqu’un elle aussi, puisque qu’elle regarde tous les noms sur  les portails, comme Simon il y a quelques minutes. Lorsqu’ils se  croisent, leurs regards se rencontrent. Simon sourit, passe, puis se  retourne brusquement.<br />
- Hello, dit-il.<br />
- Hello, un peu surprise.<br />
- Vous allez bien ?<br />
- Euh, on se connaît ? dit-elle avec un fort accent britannique<br />
- Oui, hier matin, la conférence de presse.<br />
- Oh yes !<br />
- Vous cherchez quelqu’un ?<br />
- Oui… un ami qui habite ici. Elle ponctue cette phrase par un joli  sourire. Simon comprend qu’elle ne souhaite pas en dire plus.<br />
- Ok, bonne journée, dit Simon.<br />
- Have a good day ! répondit-elle.</p>
<p>Curieuse rencontre. Simon l’a reconnue au premier regard, il  s’agissait de « Jolis Yeux », l’inconnue de la conférence de presse. En  rejoignant le boulevard, Simon jette un œil discret dans l’impasse. La  belle est arrêtée devant le domicile de « J. Stoke ». Elle sonne, attend  puis tourne la tête en direction du boulevard. Aussitôt, Simon se lance  dans le boulevard pour ne pas montrer qu’il la surveille. Puis il  s’arrête, revient sur ses pas, et regarde l’impasse de l’angle du  boulevard, pour ne pas être vu. L’impasse est déserte. Elle a dû entrer  chez J. Stoke.</p>
<p>En arrivant au journal, le rédac-chef lui saute dessus.<br />
- Tu aurais pu appeler hier après la conférence! Merde Simon ! Alors ?<br />
- Pas grand-chose. Enfin, si. Il s’agit d’un employé de l’ambassade  britannique.<br />
- Merci !! Ca je sais, je lis les journaux et j’écoute les radios !  C’est tout ce que tu as ?! Il me faut des in-fos, tu entends ? Quand  est-ce que vous le comprendrez, c’est un journal ici, et sans infos un  journal c’est rien. C’est toujours la même chose, je…<br />
- Il s’appelle J. Stoke et habite Cité Véron, dans le 18ème. C’est tout  ce que je sais pour le moment, coupa Simon.<br />
- Tu peux pas le dire tout de suite ?! Bon, tu me fais un  entrefilet  pour la une de demain, ok ? Conférence de rédac dans une heure.</p>
<p>Simon lève les yeux au ciel.</p>
<p>Une heure plus tard, tous les journalistes chefs de rubrique  convergent vers la salle de réunion. Devant la porte, Simon aperçoit  Claire. Il fait mine de ne pas la voir, elle l’appelle :<br />
- Simon !<br />
- Tiens, tu es là ! dit Simon les mâchoires serrées.<br />
- Ben oui, pourquoi tu me dis ça ? Tu sais bien que le site participe  aussi à la conférence.<br />
- Oui, bien sûr, dit Simon en soufflant.<br />
- Qu’est-ce que tu as Simon ?<br />
- Rien, rien.<br />
- Tu es sûr ?<br />
- Oui. Puis après quelques secondes : « C’est juste que j’apprends des  choses que j’aurais aimé que tu me dises »<br />
- Ah bon ? Quoi par exemple ?<br />
- Ton divorce par exemple.<br />
- Et pourquoi, je devrais te le dire ?<br />
- Parce que.<br />
Le rédac-chef passe la tête depuis l’intérieur de la salle de réunion.<br />
- Bon, vous venez, ou bien on prend rendez-vous ?</p>
<p>Tout le monde est autour de la table. Le rédac-chef en remet une  couche sur les « in-fos ». Simon regarde Claire. Du coin de l’œil, elle  voit qu’il la regarde, mais ne tourne pas la tête. Puis le chef lance  sans préavis:<br />
- Simon,  pour l’affaire de l’ambassade, j’ai changé d’avis, on passe  tes infos tout de suite sur le site, comme ça tout le monde les reprend  au 13h. Ok ? Tu vois ça avec Claire. Pour la Une, on fera plutôt un  grand article avec les autres infos que tu auras pêchées aujourd’hui.  Parce que tu vas me trouver plus d’in-fos, on est bien d’accord ? Allez,  au boulot ! Quand est-ce que vous comprendrez que c’est un journal ici !</p>
<p>Simon, ne répond pas et quitte la salle, suivi par Claire.  Ils se  retrouvent dans le bureau de Simon. Claire ferme la porte.<br />
- C’est quoi ton problème avec mon divorce ?<br />
- Rien, rien.<br />
- Merde Simon ! Réponds !<br />
Simon ne dit rien.<br />
- C’est pas croyable ça, reprend Claire. Je te rappelle qu’on n’est plus  ensemble depuis trois ans, ok ? Et que du coup, je fais ma vie comme je  veux, ok ?<br />
- Ok. Bon, pour le site, je t’envoie ça par mail dans un quart d’heure.  Salut.</p>
<p>Claire tourne les talons et claque la porte.</p>
<p>La porte se rouvre presque immédiatement, Simon sourit  intérieurement. Il lève les yeux et voit la tête hirsute du rédacteur en  chef qui lance : «  dernière minute, conférence de presse à l’ambassade  d’Iran. Tu y vas. » La porte se referme, puis se rouvre à nouveau : «  et après tu me trouves d’autres infos ok ? et tu m’appelles ! ». La  porte se referme.</p>
<p>Simon s’enfonce dans le dossier de son fauteuil, la nuque en arrière,  les yeux au plafond, et pousse un grand soupir. Les paroles de Claire  résonnent encore dans sa tête. Il s’en veut d’avoir réagi comme ça.  Trois ans, déjà ?</p>
<p>jp</p>
<p>(à suivre)</p>
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		<title>Le jeu de la mort</title>
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		<pubDate>Wed, 17 Mar 2010 15:44:26 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Joel Pinson</dc:creator>
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		<description><![CDATA[En s&#8217;inspirant de l&#8217;expérience scientifique que Stanley Milgram conduisit en 1961 aux Etats-Unis, France 2 a imaginé un faux jeu télévisé dont le déroulement consiste &#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>En s&#8217;inspirant de l&#8217;expérience scientifique que Stanley Milgram conduisit en 1961 aux Etats-Unis, France 2 a imaginé un <em>faux jeu</em> télévisé dont le déroulement consiste à infliger des punitions sous forme de décharges électriques de plus en plus fortes à un individu qui ne répond pas correctement à des questions. Les punitions sont infligées par des candidats qui croient, eux, participer à un jeu et que les décharges électriques sont réelles; alors que les victimes sont des comédiens qui simulent leur douleur.</p>
<p>Quel est le but d&#8217;une telle mise en scène ?</p>
<p>En 1961, Milgram, chercheur en psychologie, voulait comprendre quels mécanismes du cerveau permettent que des horreurs comme celles commises par les nazis pendant la deuxième guerre mondiale soient possibles ? comment des hommes, sous l&#8217;influence d&#8217;une autorité, peuvent commettre des crimes épouvantables, sans aucune forme de rébellion.</p>
<p>En 2010, on peut s&#8217;interroger sur une telle &#8220;expérience&#8221;. Surtout lorsque l&#8217;on dissimule la chose derrière la belle mécanique bien huilée d&#8217;un jeu télévisé.  Dans quel but ? Le réalisateur prétend qu&#8217;il s&#8217;agit de réfléchir au pouvoir que détient la télévision. Mais peut-on sérieusement penser que la télévision n&#8217;a pas de pouvoir sur les masses ? N&#8217;est-il pas évident que d&#8217;un point de vue de la consommation, de la politique, de l&#8217;éducation, de la culture, la télévision exerce des pressions à peine voilées sur nos sociétés ? Ne voit-on pas, par exemple, des étiquettes &#8220;vu à la télé&#8221; sur les produits en vente dans les supermarchés ? Nos hommes politiques n&#8217;utilisent-ils pas la télévision pour faire passer leurs messages ? N&#8217;essaye-t-on pas d&#8217;expliquer aux parents comment éduquer leurs enfants au travers d&#8217;émissions de télévision ? Ne permet-on pas à des personnes d&#8217;assouvir des fantasmes bien ciblés au travers d&#8217;émissions dites de &#8220;télé-réalité&#8221; ?</p>
<p>Alors, pourquoi imaginer un tel scenario pour démontrer quelque chose d&#8217;évident ?! Pourquoi une chaîne de télévision imaginerait-elle un tel &#8220;spectacle&#8221; pour démontrer la mauvaise influence qu&#8217;elle exerce sur les gens ? Difficile à croire. Difficile d&#8217;imaginer la télévision se jugeant elle-même. Difficile de croire à une candide démonstration.</p>
<p>Le résultat est que France 2 aura diffusé, en prime time, une émission dont le contenu inimaginable aujourd&#8217;hui, sera peut-être accepté demain; et que France 2 aura donc effectué une expérience grandeur nature sur les limites acceptables en matière de télévision. Cela me fait penser à ces rubriques sur les infos &#8220;people&#8221;. Sous couvert de les présenter d&#8217;une manière humoristique, ou de se moquer ouvertement des &#8220;people&#8221;, on diffuse néanmoins les mêmes informations que les journaux qui exploitent ce type d&#8217;information. A l&#8217;arrivée, quelle différence ?</p>
<p>Le jeu de la mort est donc le premier jeu télévisé qui va jusqu&#8217;à mettre en danger la vie d&#8217;autrui. Nous vivons une époque formidable.</p>
<p>jp</p>
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